En France, plus de 10 000 sinistres par an sont imputables à des fondations inadaptées à la nature réelle du sous-sol. Pourtant, le choix entre fondations superficielles et fondations profondes n’est pas une décision empirique : il résulte directement des conclusions d’une étude géotechnique G2, seul document technique capable de caractériser le sol avec la précision exigée par les normes NF P 94-261 et NF P 94-262. Comprendre comment ce rapport oriente cette décision fondamentale permet à tout maître d’ouvrage d’anticiper les contraintes constructives et les coûts associés dès les premières étapes de son projet.
Pourquoi l’étude de sol G2 est-elle le point de départ du choix des fondations ?

La mission G2, encadrée par la norme NF P 94-500, constitue l’étude géotechnique de conception. Elle s’engage dès que le projet architectural est suffisamment défini pour localiser les zones de charge et estimer les descentes de forces. Sans une étude de sol G2 validée, le bureau d’études structure ne dispose d’aucune donnée fiable sur la résistance mécanique du sol et ne peut pas dimensionner les fondations de manière sûre.
La mission G2 se décline en deux phases successives. La phase AVP (Avant-Projet) produit les premières hypothèses géotechniques : elle identifie la nature des couches, balise les risques principaux et propose un pré-dimensionnement des fondations. La phase PRO (Projet) affine ces données grâce à des investigations complémentaires et aboutit à des notes de calcul opposables, intégrant le type de fondation, la profondeur d’ancrage et les contraintes admissibles du sol.
Concrètement, les investigations comprennent des forages, des essais pressiométriques selon la norme NF EN ISO 22476-4, et des prélèvements pour analyses en laboratoire (limites d’Atterberg, granulométrie, teneur en eau). Ces données permettent de modéliser le comportement du sol sous charge et de calculer les tassements prévisionnels, deux éléments indispensables pour décider entre fondations superficielles et profondes.
Quels résultats géotechniques orientent vers des fondations superficielles ?
Les fondations superficielles (semelles isolées, semelles filantes, radiers) s’appliquent lorsque le sol porteur se trouve à faible profondeur. La norme NF P 94-261 définit leur domaine d’application par un encastrement relatif De/B inférieur à 1,5, ce qui correspond généralement à une profondeur d’assise comprise entre 0,5 et 3 mètres.
Le rapport G2 est favorable aux fondations superficielles lorsque les essais pressiométriques révèlent une pression limite nette (Pl*) supérieure à 1 MPa dès la surface, associée à un module pressiométrique (EM) élevé. Ces valeurs correspondent à des matériaux naturellement compétents : craies, calcaires peu altérés, sables denses, limons compacts. Dans ces cas, la contrainte admissible calculée se situe généralement entre 150 et 400 kPa, ce qui est compatible avec des constructions courantes.
L’homogénéité stratigraphique est tout aussi déterminante. Un sol présentant des couches de résistance très variable sur de courtes distances génère des tassements différentiels, préjudiciables à la structure. Même si la couche de surface affiche une bonne portance, le géotechnicien peut écarter les fondations superficielles si cette couche est trop mince ou si elle repose sur un horizon compressible.
La profondeur de la nappe phréatique est également vérifiée. Une nappe haute sature les sols fins et réduit leur capacité portante effective par diminution de la cohésion et augmentation de la pression interstitielle. Le rapport G2 intègre le niveau piézométrique mesuré en cours d’investigation dans le calcul de la portance nette.
Dans quels cas l’étude de sol impose-t-elle des fondations profondes ?

Les fondations profondes (pieux, micropieux, barrettes, puits) transfèrent les charges vers une couche géologiquement compétente située en profondeur. La norme NF P 94-262 fixe leur domaine d’application aux éléments dont l’élancement est typiquement supérieur à 5 (longueur supérieure à 5 fois le diamètre ou la largeur). Elles mobilisent leur résistance par frottement latéral, par appui en pointe, ou par la combinaison des deux.
Lorsque les sondages révèlent des couches compressibles en surface, les fondations superficielles sont exclues. Les pieux traversent ces formations défavorables pour s’ancrer dans le substratum résistant, avec une longueur de fiche calculée d’après les essais pressiométriques. Dans les zones de remblais anciens ou de comblement de vallées, des épaisseurs de 5 à 15 mètres de matériaux compressibles ne sont pas rares.
La présence de cavités souterraines constitue un second déclencheur absolu. Lorsque les sondages détectent des vides à faible ou moyenne profondeur, les fondations superficielles sont proscrites. Les pieux sont alors ancrés sous le niveau des cavités, avec des essais d’intégrité (auscultation sonique) imposés après mise en œuvre. Pour tout projet en zone à risque, une étude de sol G1 préalable permet d’identifier ces risques avant même l’acquisition du terrain.
Le risque de retrait-gonflement des argiles (RGA) est le troisième facteur déclencheur. L’article 68 de la loi ELAN du 23 novembre 2018 impose, pour toute construction de maison individuelle en zone d’aléa moyen ou fort, une étude géotechnique préalable G1 et une étude G2 au stade projet. Ces documents prescrivent des fondations hors de la zone d’influence hydrique, souvent profondes, ainsi que des dispositions constructives spécifiques (longueur de fiche, armatures, joint de rupture). Depuis le 1er octobre 2020, une attestation RGA doit être fournie lors de la déclaration d’achèvement des travaux (DAACT).
Fondations superficielles ou profondes : tableau de décision géotechnique
Le géotechnicien synthétise l’ensemble des données du rapport G2 dans ses recommandations fondations.
| Critère | Fondations superficielles | Fondations profondes |
| Profondeur d’assise | 0,5 à 3 m | Supérieure à 5 m (jusqu’à 30-40 m) |
| Pression limite Pl* (pressiomètre) | > 1 MPa dès la surface | < 0,5 MPa en surface ; couche compétente en profondeur |
| Nature du sol de surface | Calcaire, sable dense, limon compact | Remblais, argile molle, tourbe, vase |
| Homogénéité stratigraphique | Bonne, couches régulières | Hétérogène, couches alternées compressibles |
| Risque RGA | Aléa faible, sol peu argileux | Aléa moyen à fort (loi ELAN applicable) |
| Présence de cavités | Aucune | Vides détectés, ancrage sous les cavités |
| Nappe phréatique | Profonde, sans effet sur la portance | Haute, fragilisant les couches superficielles |
| Tassement différentiel prévu | < 2 cm | > 2 cm, justifiant un report en profondeur |
Comment lire et utiliser les recommandations fondations du rapport G2 ?

Le rapport G2 ne décrit pas simplement le sol : il prescrit une solution constructive précise, opposable sur le plan de la responsabilité décennale. Le géotechnicien signataire engage sa responsabilité professionnelle sur les données et les préconisations qu’il formule. Ces prescriptions doivent être transmises intégralement au bureau d’études structure et à l’entreprise de fondations.
Les coupes de sondages décrivent la succession des couches et leur nature lithologique. La profondeur du « bon sol » y est indiquée explicitement, accompagnée de la contrainte admissible en kPa ou en bars. Pour des fondations superficielles sur limon compact, cette valeur se situe typiquement entre 150 et 300 kPa ; elle peut dépasser 500 kPa sur un calcaire sain.
Les tableaux et courbes d’essais pressiométriques constituent la base du dimensionnement à la française, selon la méthode de Ménard. Le module pressiométrique EM renseigne sur la déformabilité du sol, tandis que la pression limite Pl* permet de calculer la capacité portante. Le rapport inclut également les tassements prévisionnels calculés : si le tassement différentiel dépasse 2 cm, des fondations profondes ou un traitement de sol s’imposent.
La note de calcul fondations, en fin de rapport, récapitule les préconisations opérationnelles : largeur minimale des semelles, profondeur d’ancrage hors gel (0,80 m minimum en France selon le DTU 13.12), ou type de pieu avec longueur de fiche minimale. En cas de désordres structurels sur une construction existante, une étude de sol G5 est prescrite pour diagnostiquer les causes et proposer une solution de reprise en sous-œuvre.